Quartier du Bourg | 1700 Fribourg | Suisse

Article dans La Liberté du 7 août 2017

Le Bourg vu à hauteur de ver de terre

Anne Rey-Mermet

Sur la photo, la plante apparaît gigantesque. Si énorme qu’on pourrait aisément compter pistils, pétales et feuilles. «En fait, la fleur mesure deux millimètres et se trouve juste là», révèle Jean- Yves Piffard en désignant un coin de la place de l’Hôtel-de-Ville. Entre les pavés s’épanouissent en effet les minuscules fleurs jaunes.

La place est la première étape du parcours que l’artiste a réalisé dans le cadre du festival Bourg-en- Scène, qui se déroulait de jeudi à dimanche dans ce quartier emblématique de Fribourg. C’est parti pour une visite guidée avec lui, proposée deux fois par jour durant ce week-end.

«Ça change le regard qu’on a sur ces plantes»
Une participante

Baptisée «Le quartier du Bourg, une terre d’accueil!», l’installation invite à porter un autre regard sur les pavés des ruelles. A hauteur d’yeux, des photos s’affichent sur les quatre côtés d’une sorte de boîte montée sur une tige de bambou. Les images immortalisent chardons, graminées et autre campanule qui se développent dans les trous du goudron ou les anfractuosités des murs. Celles que l’on pourrait qualifier de mauvaises herbes sont ainsi mises en avant, saisies dans leurs moindres détails grâce à la macro. «Ça change le regard que l’on a sur ces plantes», s’étonne l’une des participantes de la visite guidée.

Plantes en migration

«En face de notre galerie, il y avait un pissenlit qui poussait dans le béton, je trouvais intéressant d’aller regarder de plus près ces petites plantes que tout le monde voit, mais que personne ne regarde», explique l’artiste, qui tient également la galerie-café Le Temps de vivre, en face de la cathédrale. Lui vient alors l’idée d’une certaine métaphore, entre les plantes qui essaiment au gré du vent et poussent partout «sans demander la permission» et la question, très actuelle, de la migration.

Des boîtes à messages

Mais les végétaux du quartier ne sont pas les seuls à être à l’honneur dans l’installation de Jean-Yves Piffard. L’artiste a demandé à des habitants du Bourg d’écrire un petit texte sur le thème de ce travail. Sur les côtés des boîtes, on peut ainsi lire les souvenirs de Jeanne, le poème d’Esther ou encore les témoignages d’Ali et Sadeq, deux Afghans vivant au Foyer du Bourg. «Dans ce quartier, ily a des gens qui y sont nés et d’autres qui sont de passage. Pour une heure ou pour une vie, le Bourg est une terre d’accueil», estime Jean-Yves Piffard.

Invisibles mais toujours présents, les vers de terre ont aussi leur mot à dire dans ce projet. L’artiste leur donne la parole sur les pierres qui ancrent les photos au sol. La visite guidée est également l’occasion d’égrener quelques anecdotes sur ces petits organismes méconnus, de quoi surprendre les participants. «Un hectare de terre contient entre une et trois tonnes de vers de terre», indique par exemple Jean-Yves Piffard.

Le monde en macro

La balade emmène les curieux à travers les venelles du Bourg, et même si le trajet effectif n’est pas très long, on a l’impression de voyager. «C’est bien, je découvre des rues!» s’exclame l’une des par- ticipantes. Sur la place du Marché-aux-Poissons, le photographe prête ses appareils pour que le petit groupe puisse tester l’effet de la macro. «Il faut être au contact, à quelques centimètres», conseille l’artiste. Le nez collé à l’objectif et l’objectif collé aux végétaux, on s’émerveille de ce nouveau point de vue sur le monde.

De la place de l’Hôtel-de-Ville au bas de la Grand-Rue en passant par la place de Notre-Dame, les douze étapes de l’installation interrogent, étonnent, fascinent ou amusent. Visibles le temps du fes- tival Bourg-en-Scène, qui s’est terminé hier, les images devraient connaître une deuxième vie dans la galerie-café que tiennent Jean- Yves Piffard et sa compagne. «Je pense en faire un mur végétal», conclut l’artiste.

BEAU SUCCÈS POUR LA 2e ÉDITION DU FESTIVAL BOURG-EN-SCÈNE

Durant quatre jours, danse, théâtre, musique et performances ont fait vivre le quartier du Bourg, à Fribourg. De jeudi à dimanche, la deuxième édition de Bourg-en-Scène a investi des lieux parfois méconnus, comme le jardin Nussbaumer ou la «place sans nom» au bout du pont de Zaehringen. «Tout s’est bien passé, les gens étaient très enthousiastes, il y a eu une vraie réponse des habitants à ce projet.» Joséphine de Weck, directrice artistique fatiguée mais ravie, dresse un bilan «extrêmement positif» de cette deuxième édition. La première s’était déroulée en septembre 2015.

Au niveau de la fréquentation, la directrice artistique articule le chiffre de 1600 personnes sur les quatre jours, contre 1000 pour la première édition. Une partie seulement du programme était payante. Le duo clownesque les Diptik a notamment attiré le public avec son nouveau spectacle intitulé Schlousse.

Rien n’est encore décidé pour une éventuelle troisième édition, mais une chose est sûre: si elle a lieu ce sera dans deux ans. «Je souhaite que ça continue, mais je ne sais pas où je serai dans deux ans. Si je ne suis plus à Fribourg et que quelqu’un veut reprendre le flambeau ce serait très bien, car la base est là», estime Joséphine de Weck.

LA LIBERTÉ | Lundi 7 août 2017